Fiordland et Southland
Quatorze fjords taillés dans le granite, 6 800 mm de pluie par an à Milford, kiwis sauvages sur Stewart Island et huîtres de Bluff : le bout sud-ouest de la Nouvelle-Zélande.
Le Fiordland et le Southland forment la pointe sud-ouest de l'Île du Sud, une zone de 32 000 km² où la densité de population descend sous 2 habitants au km² en dehors d'Invercargill et de Te Anau. C'est ici que la chaîne alpine plonge directement dans la mer de Tasman, sculptée par les glaciations du Pléistocène en quatorze fjords profonds. Le parc national de Fiordland, 12 500 km², est inscrit au patrimoine mondial dans le cadre du Te Wahipounamu et couvre à lui seul une superficie comparable à celle du Monténégro.
Notre agence base ses départs sur Te Anau, petite ville de 2 700 habitants au bord du deuxième plus grand lac de Nouvelle-Zélande. C'est le point de ravitaillement avant l'enfoncement dans la vallée de la Eglinton, puis le passage du Homer Tunnel, un tube de 1,2 km creusé dans le granite à 945 m d'altitude qui débouche sur la descente vers Milford Sound. La route, la State Highway 94, reste l'une des rares voies goudronnées du parc : tout le reste se parcourt à pied, en bateau ou en hydravion. Doubtful Sound, plus vaste et plus sauvage que Milford, s'atteint via une traversée du lac Manapouri puis le franchissement du col de Wilmot, ce qui en limite naturellement la fréquentation.
Le climat structure tout. Milford Sound reçoit en moyenne 6 800 mm de précipitations par an, réparties sur 180 jours. Cette pluviométrie alimente des centaines de cascades temporaires qui surgissent sur les parois de gneiss après chaque averse, dont les Stirling Falls (151 m) et les Lady Bowen Falls (162 m), permanentes. Plus à l'est, dans le Southland agricole autour de Gore et Winton, le climat redevient tempéré et venteux, propice à l'élevage ovin et à la culture du blé. La région produit aussi la majorité du cheddar industriel néo-zélandais, depuis les usines d'Edendale.
L'héritage maori reste vivant sur cette côte. Les Ngāi Tahu, iwi de l'île du Sud, considèrent Piopiotahi (le nom maori de Milford Sound) comme l'œuvre du demi-dieu Tū-te-raki-whānoa, qui aurait taillé les fjords à coups d'herminette. À Bluff, port de pêche de 1 800 habitants à la pointe sud du continent, la saison des huîtres plates Ostrea chilensis ouvre le 1er mars et se prolonge jusqu'à fin août : c'est le produit identitaire de la région, célébré chaque année lors du Bluff Oyster Festival en mai.
Au sud-est, les Catlins déroulent 100 km de côte entre Balclutha et Invercargill. La forêt pluviale tempérée y descend jusqu'aux plages de Curio Bay, où affleure une forêt fossilisée du Jurassique vieille de 180 millions d'années. Cette côte abrite l'une des dernières populations de manchots à œil jaune, le hoiho, environ 200 couples reproducteurs en déclin. Les lions de mer de Nouvelle-Zélande, Phocarctos hookeri, remontent eux sur les plages de Surat Bay et Cannibal Bay.
Enfin, Stewart Island, ou Rakiura, accessible par 1 heure de ferry depuis Bluff (ou 20 minutes de vol), forme le troisième territoire de la région. 85 % de l'île sont protégés au sein du parc national de Rakiura. Sur ses 28 km de longueur vivent moins de 400 habitants permanents et environ 20 000 kiwis tokoeka, ce qui en fait le seul endroit du pays où l'observation d'un kiwi sauvage en liberté reste statistiquement probable lors d'une sortie nocturne guidée.
À découvrir
Croisière nocturne sur Doubtful Sound. Embarquement à Deep Cove après la traversée du lac Manapouri, 22 h à bord pour remonter les bras de Hall Arm et First Arm. Coupure des moteurs au crépuscule, écoute des cris des kiwis et des kéa sur les versants.
Milford Track sur 4 jours. 53,5 km de Glade Wharf au Sandfly Point, franchissement du MacKinnon Pass à 1 154 m, nuitées en huts gérées par le DOC. Réservation obligatoire 6 mois à l'avance pour la saison d'octobre à avril.
Sortie kiwi nocturne à Rakiura. Marche de 2 à 3 heures sur les plages de Glory ou Ocean Beach après la tombée de la nuit, à la lampe rouge. Le tokoeka, contrairement aux autres kiwis, sort aussi en journée et tolère mieux la présence humaine.
Côte des Catlins en autotour. Phare de Nugget Point sur sa langue rocheuse, cascade étagée des Purakaunui Falls dans la forêt de rimu, forêt pétrifiée de Curio Bay visible uniquement à marée basse.
Huîtres et Stewart Island Ferry à Bluff. Dégustation des Bluff oysters chez Fowler's en saison, photo au panneau routier marquant le bout de la State Highway 1 à Stirling Point, embarquement pour Oban sur le Foveaux Express.
Quand y aller
La meilleure fenêtre s'étend de fin octobre à fin avril. Les températures à Te Anau oscillent alors entre 8 et 22 °C, les journées dépassent 15 heures de lumière en décembre et janvier, et les Great Walks (Milford, Kepler, Routeburn) sont entièrement opérationnels avec huts gardés. Janvier et février restent les mois les plus secs relativement parlant, mais Milford Sound ne connaît jamais de saison vraiment sèche : prévoir de la pluie un jour sur deux reste réaliste. Les sandflies, moucherons piqueurs, atteignent leur pic de novembre à mars, surtout en fin de journée près de l'eau.
De mai à septembre, le Fiordland entre dans son hiver austral. Le Homer Tunnel peut fermer plusieurs jours pour risque d'avalanche, la Milford Road exige des chaînes, et plusieurs huts du Milford Track sont déclassés en simple abri. Les températures descendent à 0 °C la nuit à Te Anau, le brouillard givrant est fréquent dans les Catlins. C'est en revanche la saison des aurores australes, observables depuis Stewart Island plusieurs nuits par mois, et la fréquentation des croisières chute fortement. Mars et avril offrent un bon compromis : couleurs d'automne sur les hêtres rouges, températures encore douces, fin de saison des sandflies.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 5 jours sur place pour articuler correctement Te Anau, une croisière sur Milford ou Doubtful, et un passage par les Catlins ou Stewart Island. Compter 7 jours si vous voulez intégrer un trek de 3 à 4 jours sur l'un des Great Walks. Les distances trompent : Te Anau-Milford fait 119 km mais demande 2 h 30 sans arrêt, et la route mérite plusieurs haltes (Mirror Lakes, Chasm Walk, Eglinton Valley). Queenstown reste l'aéroport d'arrivée le plus pratique, à 2 h 15 de route de Te Anau ; Invercargill, plus modeste, sert ceux qui combinent les Catlins en premier.
La région s'articule logiquement avec la Côte ouest et Alpes du Sud (cote-ouest-alpes-sud) en remontant par Wanaka et le Haast Pass, ou avec Otago et Canterbury (otago-canterbury) via Queenstown et Dunedin. Le confort va du lodge isolé en bord de fjord à la maison d'hôte rurale dans les Catlins ; les options luxe restent rares en dehors de deux adresses sur Te Anau et Stewart Island. Cette destination convient aux randonneurs, aux contemplatifs et aux observateurs de faune. Les familles avec jeunes enfants y trouveront leur compte en restant sur les croisières et les balades courtes, en évitant les longues étapes routières sous la pluie.




